Ahmed le Magnifique

1re d'Ahmed.jpg4e d'Ahmed.jpg

 

 

Je viens de publier, en collaboration avec Mlle Laurane Rivet, un roman, Ahmed le Magnifique, aux éditions Le Bretteur (245 pages, 14 euros). Ceux qui sont intéressés pourront le commander à cette adresse : lafourcade41@gmail.com. (J’ai très peu d’exemplaires : les lecteurs les plus rapides seront les premiers servis ; ensuite le roman sera difficile à trouver.)

C’est une fable sociale et incorrecte, autant que la satire d’une génération, celle des trentenaires. On suit les aventures, à la fois extravagantes et réalistes, de quatre d’entre eux, portés par des ambitions et des passions antagonistes, et menés sur un ton qui n’est pas morose.

Voici la quatrième de couverture :

« Nous étions quatre amis : Ahmed, Aymeric, Claire et moi, Camille, la narratrice. À nous quatre, nous formions l’élite de Bobigny – même si, comme disait notre professeur de français, Bruno Rivet, « la concurrence n’était pas bien rude ». Aujourd’hui, nous allons avoir trente ans, et, si nous sommes toujours amis, nous avons suivi des chemins différents : HEC pour Ahmed, l’agrégation de lettres pour Aymeric, le journalisme pour Claire, le véganisme pour moi.

« Bon, ça, c’est la face visible : la face cachée est plus rocambolesque, puisque l’on y trouve des morts suspectes, des dealers, des films pornos, un fan de Stallone, une latiniste sadomasochiste, un Festival du Film Social-Démocrate, un policier basque, tandis que se trame, mené par un paranoïaque doublé d’un psychopathe, un complot contre un ministre du Temps partagé, des Loisirs bio et de la Sécurité alimentaire. »

Quelques extraits :

« C’est faire beaucoup d’honneur à L’Oranais que de dire que c’est un hôtel, et qu’il est miteux ; avec sa trentaine de chambres, près de la gare du Nord, il hésite selon les heures entre le claque et la Sonacotra. Au milieu des odeurs de cannabis et de mafé, des Roms et leurs accordéons croisent dans l’escalier des Maliens et leurs valises de bibelots ; toute la journée, des types peu définissables mais toujours inquiétants rodent à l’entrée ; le soir, des Africaines passent proposer leurs services : les patrons ferment d’autant plus les yeux qu’ils touchent une commission. Dans les chambres, on dort à quatre ou cinq : c’est quinze euros la nuit et deux euros de plus pour la douche.

« Ce bouge est tenu par les Belkacem, une famille assez douteuse elle-même pour ne pas être très regardante sur les autres – surtout quand ils lui rapportent de l’argent. Je ne lui en coûte pas beaucoup en ce qui me concerne : Karim Belkacem, l’aîné, me remet mille euros tous les mois en liquide ; en échange, je donne les clefs à des clients qui ne me regardent pas, ne me répondent rien, et je nettoie leurs chambres : l’opération consiste essentiellement à enfiler des gants en plastique, ouvrir les fenêtres et changer les draps. »

*

« Ahmed ne craignait pas le cynisme ni l’arrivisme : dès qu’il avait quitté Bobigny pour les hautes études commerciales, conscient que son prénom n’était à la mode que dans son département, et d’un exotisme suspect dans les autres, il avait pensé se faire appeler Jean-Baptiste – avant d’y renoncer très vite : d’abord, il ressemblait à tout sauf à un Français de souche ; et puis son maghrébisme lui avait donné la plus enviable des armes, bien supérieure au souchisme : la beauté ; surtout, beaucoup de quinquas étaient friands de rebeus.

Dès qu’il en prit conscience, lui qui n’avait jamais été particulièrement coquet voulut ressembler à l’idée que les pauvres se font d’une gravure de mode : coupe de cheveux soigneusement négligée, barbe de trois jours entretenue à la tondeuse, séances de sport quasi quotidiennes ; et garde-robe sélective : polos Eden Park, chemises Ralph Lauren, jeans Hugo Boss, sans compter, pour les grandes occasions, un costume Paul Smith – acheté au rabais après un shooting particulièrement avantageux, puisqu’il lui avait aussi rapporté le numéro de téléphone d’un modèle-photo suédois, dont les pipes auraient pu se vendre au même prix que le Paul Smith, tant on en trouvait peu sur le marché qui fussent aussi achevées. »

*

« Aymeric, j’ai fait sa connaissance à Jacques-Brel, le lycée de Bobigny où j’ai aussi rencontré Ahmed et Claire : je peux d’ailleurs affirmer sans honte ni modestie que, à nous quatre, chacun dans son genre, si l’on excepte les figures locales (quelques joueurs de CFA 2, le créateur de la chaîne de restauration BBB – Burger Booba Bobigny – et Vincent Kassovitz, le fameux réalisateur de clips, sans lien de parenté avec l’autre réalisateur de clips) que nos professeurs, à part l’estimable Bruno Rivet, ne cessaient de nous donner en exemple (malgré notre peu de goût pour les pousseurs de balles et le mercantilisme en fourrure flattant à coups de liasses la croupe de bitches en bikini), nous représentons l’élite de ce lycée. La concurrence n’était certes pas rude.

« Très tôt, Aymeric se prit de passion pour les langues anciennes : il bénéficia d’ailleurs, pour lui seul, malgré l’avis contraire du ministre de l’Éducation nationale qui préférait que les budgets servissent en priorité à l’étude et la pratique de langues étrangères (anglais, arabe, chinois, bambara, dioula, lingala, swahili, corse, argot, verlan et français), du meilleur professeur de latin-grec de tout Bobigny – le meilleur, puisqu’il était le seul, évidemment.

« Il prenait la forme d’une vieille dame, Mlle Dumonceau, qui acceptait de s’expatrier de Louis-le-Grand (Ve arrondissement, Paris) pour rejoindre chaque semaine la Seine-Saint-Denis (93, Île-de-France), fendre la foule balbynienne, goguenarde et mono-cosmopolite de Jacques-Brel, et enseigner Les Élégies à cet unique élève. […]

« Cependant, l’étude du latin et du grec sembla rapidement peu compatible avec la diététique : Aymeric prit l’habitude d’avaler n’importe quoi sans cesser de traduire Tibulle et Catulle. Si l’on ajoute à ces mauvaises habitu­des alimentaires, la myopie, un dégoût pour toute forme d’activité physique, une peau qui attirait l’acné comme le vide le désespéré, Aymeric, dont la corpulence, aidée par le certificat médical de complaisance qui lui épargnait les cours de sport, et à nous de le voir tirer sur ses bras pour tenter en vain de se soulever pendant le grimper de corde, suivait la courbe accoutumée – surpoids, obésité modérée, obésité sévère –, Aymeric, donc, fut évidemment la risée du lycée, et son adolescence un long calvaire.

« J’ose croire, cependant, que sans Ahmed, Claire et moi, ce Golgotha aurait été plus dur à gravir, et sa croix plus lourde à porter : le premier, en faisant jouer ses relations, lui épargna de tomber sous la coupe de racketteurs locaux ; la seconde, grâce aux “recettes minceur” de la presse féminine, l’empêcha d’atteindre l’obésité morbide ; et moi – eh bien moi, j’ai été, à mon corps récalcitrant, et à mon cœur défendant, la passion cachée d’Aymeric. »

Ahmed le Magnifique, aux éditions Le Bretteur (245 pages, 14 euros).

À commander à cette adresse : lafourcade41@gmail.com

Jeudi 26 septembre 2019

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s