Pour Renaud Camus

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Cher ami,

ces jours derniers, j’ai été très pris, et, me trouvant entre deux villes et deux trains, je me suis tenu éloigné des réseaux sociaux – mais j’ai pu voir la photo de Fiorina Lignier : j’approuve totalement votre décision de vous retirer de La Ligne Claire. Je ne veux moi-même rien avoir en commun avec cette frange-là du « milieu natio », ses réflexes antisémites et son folklore nazi. Ces choses-là ne me font pas rire : mon grand homme est depuis toujours celui du 18-Juin, et la Résistance ma seule référence.

C’est ne rien comprendre au Grand Remplacement que de le considérer hors de toute perspective historique ; c’est ne pas vous avoir lu que d’y voir un mouvement isolé. Dans l’industrie de la déshumanisation, il constitue une marche essentielle, et peut-être terminale, vers la marchandisation des corps et la délocalisation des âmes ; mais, avant lui, le nazisme aura également été une étape, celle du taylorisme du crime, qu’il serait irresponsable de minimiser.

J’ai simultanément découvert les attaques répugnantes dont vous faisiez l’objet. J’ai publié dans l’urgence sur Facebook quelques lignes pour dire ce que j’en pensais : ce n’était pas assez, et j’aurais voulu livrer un texte plus fourni – mais j’ai dû encore disparaître quelques jours.

Quand j’ai réapparu, ce fut la seconde photo, celle d’une colistière faisant un salut nazi ; et de nouvelles injures contre vous, d’une spectaculaire hideur (j’ai bien vu que j’étais un amateur, avec mes grossièretés à l’égard de Mme Schiappa). Cette fois, c’est comme si le voile se déchirait : on ne minimisait pas le nazisme, on vivait dans sa mythologie. Ainsi, c’étaient eux, les militants qui disaient vouloir nous suivre, nous aider, nous soutenir : des Sections d’Assaut de réseaux sociaux. Jamais je ne me serais engagé à figurer sur cette liste si j’avais su que j’aurais affaire à eux, qui ont paru n’attendre que ce moment pour révéler leur vraie nature.

Je vous écris pour vous exprimer mon soutien, sans doute trop tardif, et dérisoire, mais total, et vous dire mon impuissance à manifester ce soutien – autrement qu’en publiant cette lettre sur ma « page ».

Ce n’est pas seulement une divergence de vues à quoi nous assistons – mais (c’est cette dimension qui me frappe le plus) à une attaque, frontale et non périphérique, contre un écrivain, une pensée, une œuvre. Or mon admiration pour celle-ci, sans conteste l’une des plus puissantes d’aujourd’hui, est lointaine. Aussi ne serez-vous pas étonné de trouver ici, en outre, l’expression de ma gratitude pour la dette impossible à solder que j’ai contractée auprès de vous.

 

Bruno Lafourcade

 

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