Bernie chez les Nègres

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On a rarement l’occasion d’observer les effets du mensonge et de la mauvaise foi sur le corps. Les signes sont d’ailleurs imperceptibles : le visage est agité de rapides hochements de tête, de brefs clignements d’yeux, de légers tics nerveux. Sur l’esprit, c’est plus net : entraînés par l’incohérence, les raisonnements enchaînent les contradictions sans souci de vraisemblance.

Sonia Mabrouk[1] : — Vous avez soutenu sans faille [Battisti].

Bernard-Henri Lévy (rapides hochements, brefs clignements)  : — Non, je ne l’ai pas soutenu sans faille, non.

Il a signé des pétitions, organisé des débats, participé à des émissions, écrit au président brésilien, et, donc, il n’a pas « soutenu sans faille » Battisti.

Bernard-Henri Lévy : — Je dis que quand un homme, accusé de crimes terribles, se déclare innocent, moi je préfère qu’on évite l’erreur judiciaire. Ça veut dire que je préfère qu’on fasse crédit à cette proclamation d’innocence.

Voilà une façon baroque de faire régner la justice : il suffit donc qu’un assassin condamné « proclame son innocence » pour lui en « faire crédit ». (C’est Momo qui va être content : « C’i pas moi le sac, Madame la juge, c’est kaikun il l’a mis dans mes affaires, avec l’iPhone et la caillasse à la bouffonne ! »)

Bernard-Henri Lévy : — J’ai dit pendant toutes ces années que je n’avais pas d’opinion sur la culpabilité ou non de Cesare Battisti.

Dans sa lettre à Lula, à qui il demandait de ne pas livrer Battisti à la justice, Bernard-Henri Lévy écrivait : « Nombreux sont les juristes qui, après examen du dossier […] estiment plausible, je dis bien plausible, son innocence ». (C’est faux, évidemment : aucun « juriste » sérieux n’a jamais douté une seule seconde de la culpabilité de Battisti : les preuves contre lui étaient accablantes – voir, sur ce blog, le texte « Années de plomb, années de plumes ».) Plus loin : « … un homme dont le seul crime serait […] d’avoir adhéré, dans sa jeunesse, aux funestes théories de la violence révolutionnaire ». (Non, son « seul crime » est d’avoir tué deux hommes, et d’avoir participé à deux autres meurtres.)

Ces deux déclarations, prises presque au hasard parmi des dizaines d’autres, c’est donc ce que Bernard-Henri Lévy appelle « ne pas avoir d’opinion sur la culpabilité de Cesare Battisti ». Le lecteur jugera : à partir d’un certain degré de mauvaise foi, le pistolero, dans ce duel contre son impuissance, se retrouve désarmé.

Sonia Mabrouk : — Une partie de la gauche française en a[vait] fait un héros […]. Un héros qu’on découvre assassin.

Bernard-Henri Lévy : — Non, moi, mon seul héros, c’est le droit.

Et quand, sur votre blog, vous mettiez la photo de Battisti à côté de celle de Sakineh, l’Iranienne condamnée à la lapidation, qui était le héros : le droit ou Battisti ? Quand les juges italiens risquaient leur vie en inculpant des hommes politiques corrompus, des mafieux et des gauchistes, quand ils se faisaient « jambiser » et « rafaler » par des ordures comme Battisti, ce n’était pas eux les héros et « le droit » ? Il est vrai que les Italiens, vous préfériez leur donner des leçons, et leur délivrer vos précieux conseils, plutôt que d’écouter les victimes, et de les croire, parce que Bernie chez les Ritals, c’est Bichon chez les Nègres, la suffisance marchant au bras de l’arrogance : « Et tel est le vrai service que nous pouvons, aujourd’hui, rendre à nos amis transalpins : les aider à penser, vouloir, [l’]amnistie »[2]. Mais qui êtes-vous pour vous permettre de donner des leçons de morale et de justice ?

Bernard-Henri Lévy, vous avez mêlé dans ce combat, comme dans tous les combats que vous menez, l’aveuglement, le mensonge, le cynisme, l’inconséquence, l’irresponsabilité et le bêlement mondain. Vous n’avez jamais eu un mot ni sans doute une pensée pour Antonio Santoro, tué d’une balle dans le dos par cette saloperie de Battisti ; ni pour Andrea Campagna, assassiné par cette crapule de Battisti ; ni pour Pierluigi Torregiani et Lino Sabbadin, dont les meurtres ont été commandités par cette ordure de Battisti. Vous avez craché sur des juges, des magistrats et des avocats qui ont risqué leur vie pour faire condamner des tueurs comme celui que vous avez aidé et défendu. Quiconque serait dans votre situation choisirait de se taire. Mais vous ne vous tairez pas, bien entendu : nous le savons, vous le savez. Vous mentez : vous le savez, nous le savons. Personne n’est dupe, c’est l’essentiel.

 

https://www.cnews.fr/emission/2019-03-27/linvitee-des-voix-de-linfo-du-27032019-825053

[1] Les Voix de l’Info, CNEWS, 27 mars 2019 (à partir de 15:40).

[2] « Bloc-notes », Le Point, 8 juillet 2004.

*

Bruno Lafourcade, derniers livres parus :

L’Ivraie, roman, éditions Léo Scheer

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Jeudi 4 avril 2019

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