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Le retour de Jean Lafargue

St-M

 

Je viens de publier un roman chez un éditeur de ma région. Le roman s’appelle Saint-Marsan, et l’éditeur Terres de l’Ouest. Ceux qui ont lu L’Ivraie reconnaîtront le personnage principal, Jean Lafargue, qui a abandonné son métier provisoire de professeur de français pour s’installer dans son village natal.

https://www.terresdelouest-editions.fr/

https://livre.fnac.com/a13355664/Bruno-Lafourcade-Saint-Marsan

 

Voici la quatrième de couverture :

« Jean Lafargue, quinquagénaire désabusé et écrivain sans succès, revient à Saint-Marsan, en Chalosse. Il renoue avec ceux de sa race ; mais aussi avec des figures tragiques et pittoresques, comme Bernard, le seul ami de sa jeunesse, “qui rêvait de sauter dans la mort comme le para sur Dien Bien Phu”.

Ce village natal, que Jean a fui très tôt, avec l’existence médiocre qui lui était promise, il le trouvait mort, désert. Aujourd’hui, il comprend que c’est à sa désertification, à l’absence de supermarchés, de lotissements, d’usines que le village doit d’avoir survécu, et de ne pas être défiguré, dénaturé.

Or voilà que les autorités se sont mis en tête de le repeupler, de « redynamiser le tissu économique » en y accueillant plusieurs dizaines de migrants. Du curé à l’instituteur, tout le Marsanais s’enthousiasme pour ce projet. Seul Jean s’en inquiète, car “c’est une chose, pense-t-il, que de recevoir, dans une France prospère et conquérante, quelques milliers d’étrangers, conscients de leur chance ; c’en est une autre que d’en accueillir, dans un pays appauvri et déclinant, des centaines de milliers, d’une culture et d’une religion différentes, et qui n’éprouvent pas de reconnaissance particulière pour leurs hôtes.” »

Isbn : 979-10-97150-23-5 – Prix : 15€

https://www.terresdelouest-editions.fr/

Samedi 9 mars 2019

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C’était bon d’y croire

G-J.

 

On y a cru – et c’était bon d’y croire. Tous les samedis, on lisait la consternation sur le visage de Ruth Elkrief – rien que pour ça, ça valait le coup.

« Ils sont des milliers ! »

Elle n’en revenait pas, Elkrief : la France des bistrots d’avant Evin et des Grosses têtes d’avant Ruquier, elle vivait encore : non seulement elle avait survécu aux sucres ajoutés et aux graisses saturées, mais elle sautait hors de l’avenir en marche que les Hors-Sols lui promettaient.

Ça lui a fait un choc, à Elkrief, de revoir la France de Nutella et de Leader Price, la France cul-terreuse du rouge en cubi, la pollueuse pour qui un plein est un vide : dans son quartier, Elkrief, elle ne croise que des retraités à trottinette électrique et des trentenaires à tatouages maoris – et, quand elle rentre tard, le Malien qui passe l’aspirateur dans son bureau. Cette France, elle la croyait morte – jusqu’à ce qu’elle la voit débarquer dans les villes qui ont réussi à s’en débarrasser.

« Et ils sont au cœur de Paris ! »

Eh oui, ça s’approche – et pas dans le calme : ça dépave, ça dresse des barricades et ça fout le feu à « la plus belle avenue du monde ». Cette France-là, elle n’a plus de temps ni de dents à perdre : s’il faut casser, elle cassera – elle ne crèvera pas toute seule. Cette France-là, qui ne sait plus à quoi servent ses bras, qui enrage de n’être rien, Castaner l’a matraquée, éborgnée, amputée, fichée, arrêtée, il lui a mis dans les pattes des Foulards-Rouges, des Gilets-Bleus, des Moutons-Noirs – mais, chaque samedi, elle est revenue.

« Et sur les Champs-Elysées ! Comment on va vendre nos skis et nos doudounes ? Mais que veulent-ils ? Et qui sont-ils ? »

Dans une vidéo au son coupé, on vit un retraité à lunettes tendre spontanément le bras devant la caméra.

« L’ultra-droite ? »

Ce n’était pas un skin avec son svastika tatoué dans le cou, mais plutôt Marcel-le-débonnaire, d’Ambérieu-en-Bugey, venu dire qu’il en avait mal au pis de se faire traire. Ça devait faire l’affaire – seulement on retrouva la bande-son :

« Avé, Macron ! » disait Marcel, rigolard.

Un cretinus alpetris de France 2 consulta le Gaffiot :

« Ave : bonjour en latin, accompagné du salut romain… »

Un petit journaliste tout seul dans son petit costume demanda à Guillaume Durand :

« Que va-t-il se passer, Guillaume ? »

Durand ne savait pas, évidemment : il essaya des phrases, qui se cherchèrent un but et finirent par échouer devant le sens à donner à tout ça.

« Mais c’est quoi, leur problème ? » finit-il par dire, désemparé.

Mais c’est vous, Durand, leur problème ! C’est votre mépris, votre propagande, c’est tout ce que vous leur avez volé, et d’abord la vérité. C’est ça ce qu’il vient chercher, Marcel, chaque samedi depuis l’hiver 2018.

Très vite, évidemment, tout périclita : il y eut le Gilet-Jaune du matin, trépignant de fureur ; l’antifa d’après-midi, cassant des vitrines pour dire que le capitalisme le révolte ; et le pilleur du crépuscule, venu accomplir sa vocation prédatrice. Et bientôt, il n’y eut plus que les deux derniers, contre-feux espérés par le pouvoir et choyés par les cognes.

« Honte à ceux qui ont violenté les forces de l’ordre et des journalistes », twittait cependant le président.

C’est l’homme des travestis en bas résille cambrés comme des putains, et de la photo entre deux petites frappes exotiques, qui parlait de honte ; c’est l’homme des mutilés, des éborgnés, des amputés, qui parlait de violence.

Depuis le début, le président, il ne comprend pas qu’on ne le comprenne pas : lui, il se bat pour sauver la planète.

« Vous aurez des voitures à l’eau de source ! Du diesel propre ! Du Français dégradable et afro-compatible ! »

Alors, il s’est mis en bras de chemise et a fait un grand tour de chant pour demander aux pue-la-sueur de le laisser faire leur bonheur.

« Nous avons reçu le message, a-t-il conclu en terminant son “grand débat national”. Les citoyens nous invitent à aller plus loin. »

Sur les ronds-points, un dernier brasero brilla comme de l’ironie, il y eut des élections et ce fut la fin.

On n’y a pas cru, mais c’était bon de faire semblant d’y croire – comme à une rémission après un cancer. Ça nous a fait du bien de la revoir, cette France-là, avec ses pleins de fioul et ces factures de gas-oil. Elle n’a pas gagné ? Elle n’était pas là pour ça, mais pour dire qu’elle survivait, et qu’on ne la remplacerait pas si vite, parce qu’elle est la France qui cogne, et qui cognera les cognes s’ils y viennent. Elle, elle s’en fout : elle n’a plus de dents.

 

Samedi 22 juin 2019

 

Bruno Lafourcade, derniers livres parus :

Les Nouveaux Vertueux, portraits satiriques, éd. Jean-Dézert

L’Ivraie, roman pédagogique, éd. Léo Scheer

Saint-Marsan, roman agricole, éd. Terres de l’Ouest

Une jeunesse les dents serrées, récit pamphlétaire, éd. Pierre-Guillaume de Roux (à parti du 4 juillet)

Le Hussard retrouve ses facultés, polar universitaire, éd. Auda Isarn (à partir du 4 juillet)

http://www.lulu.com/shop/bruno-lafourcade/les-nouveaux-vertueux/paperback/product-23460599.html

https://www.amazon.fr/Nouveaux-Vertueux-Bruno-Lafourcade/dp/0244654115

https://www.amazon.fr/Livraie-Bruno-Lafourcade/dp/2756112410

https://www.terresdelouest-editions.fr/produit/saint-marsan/

https://www.pgderoux.fr/fr/Livres-Parus/Une-jeunesse-les-dents-serrees/357.htm

 

 

 

Une humiliation

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« Ok donc c’est en sortant de l’épreuve que j’apprends que Andrée Chedid c’était une meuf » ; « Andrée Chédid c’est une meuf pas un mec » ; « Andrée Chédid est une femme » ; « AndréE Chédid c’était une meuf et j’ai mis “le poète” dans tout mon commentaire » ; etc.

En quoi le fait de ne pas connaître Andrée Chedid, ni le prénom Andrée, empêche ces candidats à « l’épreuve anticipée du baccalauréat » de comprendre le poème qu’ils devaient étudier, et dont « le sujet tournait autour de la nature » ? Mystère & tapioca. Davantage, les voilà signant une pétition pour « assouplir les critères de notation ». J’adore ce texte. Parfois, on le croirait traduit – de quelle langue, c’est difficile à dire (je n’en ai pas corrigé l’orthographe ni la ponctuation) :

« Au moment de la découverte des sujets, de la satisfaction pour la filière L qui tombe sur trois auteurs connus (Hugo, Beaumarchais, Molière) s’accompagnant de trois pièces de théâtre plutôt connu et souvent étudié (Ruy Blas, Le Barbier de Séville, Le Bourgeois Gentilhomme). Pour la filière technologie, un soulagement de tomber sur le roman avec deux auteurs très connus (Emile Zola et Gustave Flaubert) et un troisième assez connus (Aragon) s’accompagnant d’œuvres plus ou moins connues. Et puis finalement, la série S/ES, et là c’est le pourquoi de cette pétition. […]

« Le sujet tournait autour de la nature et le commentaire était sur le poème d’Andrée Chédid. Souvent en poésie, les auteurs sont presque inconnus des élèves (au contraire des autres objets d’études où il y a plus de chances de tomber sur des auteurs connus) donc Andrée Chédid suivait la continuité.

« Or, les élèves ayant choisi la filière S et ES ne sont pas pour la plupart à l’aise avec la matière du Français et la difficulté de l’épreuve était extrêmement élevée par rapport à la capacité des élèves à raisonner et à connaitre des notions sur la poésie.

« […] Tout au long de l’année, les élèves de première s’attaquent à l’immense tâche d’apprendre ces mouvements littéraires qui ne sont pas faciles à comprendre. Et oui, c’est dur le français et les élèves le travail beaucoup.

« Mais ce lundi 17 juin 2019, ce travail fut détruit, inutile et bafoué. Des centaines d’heures de travails pour tomber sur l’inconnu. Non les élèves ne sont pas entrainés sur l’inconnu. Oui c’est difficile pour les professeurs de français de faire leur travail, ne pas être absent […]. Les professeurs veulent que leurs élèves réussissent. Mais non, ce jour-là, leur travail fut réduit à néant, très peu d’avantagés connaissait ce genre de poème et le reste, cela fut l’inconnu qui était devant leurs yeux.

« On ne peut pas rester les bras croisés devant cette humiliation []. Ils ont dû réviser 4 objets d’études (rappelons : le roman, la poésie, l’argumentation et le théâtre), les comprendre, s’entrainer pour finalement tomber sur une chose, un type, un genre qui n’a pas été étudier [sic] et de cela en ressort du regret. Que faire ? Des citations à apprendre, des mouvements littéraires à connaître par cœur, des figures de style à travailler, des cours à approfondir. Que faire ?

« Les professeurs sont là pour transmettre leurs connaissances et aider les élèves à réussir leur vie. Ici, la paranoïa pourrait prendre certains élèves ; L’école est-elle vraiment là pour m’aider pour ma vie d’adulte ? []

« Merci de soutenir ceux qui veulent être comme chaque élève passant son BAC : égaux. »

 

Mercredi 19 juin 2019

L’ordre des choses ou Neuf ans de honte

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Je ne sais plus qui a dit qu’elle était une « RMIste du style ». On pourrait le dire plus aimablement, et sans ironie : l’esthétique de Mme Ernaux, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est fondée sur un vocabulaire et une esthétique volontairement pauvres, dans le but de s’adresser au plus grand nombre, et notamment aux acculturés, et de rendre compte de leurs vies, à travers la sienne (je simplifie), dont les débuts furent dans l’épicerie de ses parents, en Normandie.

Ce style fondé sur l’absence de style entraîne d’autres absences, notamment celle de l’invention : depuis longtemps, les livres de Mme Ernaux sont autobiographiques ; et celle de la perspective : ils sont volontairement écrits « à plat », avec des phrases sans métaphores, des mots sans ambiguïtés et des personnages sans perspective, dessinés comme ceux de l’Égypte antique. Ce parti pris empêche la profondeur psychologique et la distance humoristique ; cette platitude doit expliquer le goût que les femmes ont de ses livres.

J’imagine que l’on peut trouver son bien dans l’œuvre de Mme Ernaux ; mais quelque chose s’est bloqué en moi depuis neuf ans, puisqu’il y a neuf ans qu’elle a écrit le texte honteux que l’on sait sur Millet. C’est moins d’avoir écrit ce texte, d’ailleurs, qui est honteux, que d’en avoir fait une pétition pour obtenir la mise au ban de Millet, « une pétition d’écrivains dirigée contre un écrivain ; confrérie rassemblée non par solidarité, mais par la volonté d’éliminer une brebis galeuse, ce qu’on avait rarement vu, même en Union soviétique » (Benoît Duteurtre). On ne se comporte pas comme ça ; ou alors, après, on meurt de honte. Je constate que Mme Ernaux est toujours en vie : c’est son droit ; le mien est de la mépriser : ça m’évite de la haïr.

Son style prétend à la neutralité et à l’objectivité, mais un style n’est jamais neutre ni objectif, surtout s’il prétend l’être. Tous les styles disent, chacun à sa façon, leur accord ou leur désaccord avec l’époque. La neutralité prétendue de Mme Ernaux est donc un acte politique, comme sa phrase, où chaque mot refuse Flaubert, et le style classique et bourgeois. D’ailleurs, il n’y a pas que le style dans la vie, il y aussi les idées, et elle en a, Mme Ernaux, des idées, elle a même des opinions, et des opinions qui prennent position, sur l’avortement et le cancer du sein, la violence patriarcale et la honte de classe. Elle en a tellement, des positions, qu’elles débordent de ses livres, alors elle les rassemble et elle en fait des pétitions, pas seulement contre Millet, mais aussi contre Israël, pour Houria Bouteldja, contre l’état d’urgence, pour Mélenchon ; je n’ai pas cherché, mais elle doit aussi en avoir signé contre Weinstein et pour Greta Thunberg : ce serait dans l’ordre des choses.

Elle l’est tellement, dans l’ordre des choses, Mme Ernaux, que son œuvre est l’objet d’une foule de thèses universitaires, et d’articles, et qu’elle a été récompensée par le prix Renaudot, le prix Marguerite-Duras, le prix François-Mauriac, le prix de la Langue Française, le prix Strega européen, le prix Marguerite-Yourcenar, le prix Hemingway et le prix Gregor von Rezzori. Le style n’est jamais neutre, un prix littéraire pas davantage : à travers une œuvre, c’est la servitude que l’on récompense. Millet, lui, n’a jamais reçu de prix.

 

N.B. Eh non, la photo qui illustre ce texte n’est pas celle des parents de Mme Ernaux.

 

Mardi 18 juin 2019

Une jeunesse les dents serrées (éd. Pierre-Guillaume de Roux)

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Après Saint-Marsan (un roman, toujours en vente), paraîtront, le 4 juillet, un roman policier, Le hussard retrouve ses facultés (éd. Auda Isarn), et un pamphlet, Une jeunesse les dents serrées (éd. Pierre-Guillaume de Roux).

Ce petit libelle est un roman noir, où un homme revient sur sa jeunesse. Il traduit en justice une génération de charognards, « la jeunesse du monde », qui, après avoir saigné son père, allait se repaître de ses enfants, qu’elle voulut tuer pour ne pas se voir vieillir ; il met en cause les principales figures des « années Mitterrand », qui ont conduit à la désagrégation d’un pays. Et il espère que ses Dents serrées en feront grincer d’autres, comme une craie sur le tableau noir du passé.

« Nous avions vingt ans, et c’étaient les années quatre-vingt. La mort alors semblait loin de nous, qui pourtant vivions des temps résolument funèbres, lourds comme des têtes de marteau, où l’esprit de sérieux et le cul de plomb pesaient de tout leur poids. On nous pressait de suivre des voies qui offraient des débouchés, comme on disait élégamment alors, c’est-à-dire qui nous promettaient un destin de ventouses à désengorger les boyaux. Nous n’étions pas là pour rire, ni même pour vivre : nous étions là pour crever, et nous crevions.

Les jeunes moribonds se classaient en deux camps : les militants et les managers. Les premiers se laissaient plumer par les ligues antiracistes, les seconds plumaient la volaille consommatrice ; ceux-là ne juraient que par Harlem Désir et Julien Dray, ceux-ci par Tapie et Séguéla – un carré d’opportunistes qui nous crachait au visage ses leçons de vertu, quand même les plus naïfs commençaient de soupçonner qu’il était de l’immortelle corporation des crapules. Ces ambitions répugnaient au jeune homme que nous étions alors, qui pour avoir lu Bloy et Flaubert voulait de la haine et du style ; en cherchait et n’en découvrait nulle part. Dans les kiosques à journaux moins qu’ailleurs nous en trouvions : les organes de presse également trépanants, misérables et illisibles, qui nous commandaient de penser juste et droit – Globe, Libération, Actuel, Les Inrockuptibles –, nous retournaient les doigts de pied ; bien plus que nous les retournait Le Figaro, où Pauwels avait diagnostiqué le sida dans nos cerveaux : c’était amusant, bien sûr, c’était toujours bon à prendre, mais cela ne suffisait pas. – Et puis il y eut L’Idiot international. »

Vendredi 14 juin 2019

L’écartèlement

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De Stéphane Bily, cette question qu’il a entendue dans le métro :

« Et toi, est-ce que tu laisserais ton père se marier avec un mec nazi ? »

C’est, typiquement, le double bind contemporain (en psychologie, le double bind est une situation où l’individu est placé devant deux contraintes contradictoires : « Soyez spontanés ! ») : oui, bien sûr, en tant que pro-mariage-elle-gébété, super homo-friendly, vive la pride, la haute couture et la mairie de Paris, je veux que mon papa se marie avec un monsieur. Et non, non, non, non, je ne veux pas qu’il convole avec un admirateur de Joseph Goebbels.

L’époque fabrique des double bind très originaux pour les humanistes occidentaux :

« Dîtes donc, Juliette, vous comptez sauver la planète en triant des déchets qui terminent dans des décharges en Afrique ? Et ouvrir les frontières en levant des pancartes “Refugees welcome” qui provoquent le départ et la mort de migrants en Méditerranée ? Ce serait un peu comme défendre Sexion d’Assaut et attaquer les Sections d’Assaut ? Ah ? C’est ce que vous faites ? À propos, vous que révulse l’eugénisme, vous êtes sans doute défavorable à l’avortement, surtout si l’enfant est promis à la trisomie ? Autre chose : en tant que vegan, vous saviez que l’on ne respectait pas l’opération “Lundi sans viande” dans les Restos du cœur ? »

Je n’ai pas choisi un prénom féminin au hasard : les tensions contradictoires auxquelles sont soumises les Juliette, on les trouve depuis des décennies dans Elle. On demande aux femmes de « s’accepter comme elles sont » avant de leur proposer « le meilleur régime minceur pour perdre les petits bourrelets disgracieux rapidement et sans efforts ». C’est à la fois : « Fais ce que tu veux, sois toi-même, vis ta vie, aime-toi comme tu es, fuck le regard des autres » ; et : « Comment rester jeune et gommer ses rides ».

Le double bind est peut-être au fondement de la psychologie progressiste : l’humaniste occidental, écartelé de contradictions, subit un blocage essentiel : c’est ce qui le rend si fragile, et propice à l’ulcère à l’estomac. « En tant que xénophile, dois-je supporter l’antisémitisme au henné ; en tant que féministe, dois-je fermer les yeux sur les cafés interdits aux femmes ; en tant que pro-palestinien gay friendly, dois-je supporter le lynchage d’un travesti par des Arabes ? »

Bon, pour le moment, le progressiste débloque le double bind en fermant les yeux et en rejetant la faute sur un innocent : le Petit-Blanc, le Gilet-Jaune, l’Underdog. Mais il n’est pas certain qu’il n’éprouve pas de son injustice une vague culpabilité : au fond de lui, il doit bien savoir qu’il s’est trouvé un coupable facile – comme disait certain adolescent de ma connaissance : un « bouquet misère ».

(Ces petites remarques ont pour origine la citation de Stéphane Bily, mais aussi la remarque d’Alain Jacques Roland, de Facebook, ironisant sur les ordres contradictoires donnés par la presse féminine à ses lectrices…)

 

Vendredi 14 juin 2019